Le dernier week-end « normal »

Il y a un an, on commençait à comprendre que la saison musicale serait foutue. Le week-end des 7 et 8 mars 2020 a été le dernier week-end « normal » pour notre équipe, HIGHFeeL et Uknight ensemble. C’était pendant la tournée des Japonais de G.L.A.M.S.. Elle était bien entamée, presque à la fin. Elle devait s’achever avec un « gros » week-end, avec deux concerts en festival à Bruxelles, les 13 et 14 mars. Evidemment ça n’a pas eu lieu. Le festival a été ajourné, puis reprogrammé, puis annulé, puis pas reprogrammé en 2021. La suite n’est claire pour personne.

« Un peu » de résistance

On s’était pourtant battus pour aller jusqu’au bout. Pour offrir au groupe son « tour final ». Le Rock Classic et son – formidable – programmateur (on pense à toi!) nous avaient offert un créneau de remplacement, et on l’aurait eue, notre date à Bruxelles. On aurait voulu résister gentiment, dire « on comprend, trop de monde en festival, c’est pas bien, donc on fait un café-concert à la place, venez ». On voulait, mais on n’a pas pu. Parce que l’horeca a fermé. Et les café-concerts, c’est tellement pas essentiel. Alors on a enregistré un message vidéo pour dire comme on était désolés.

Tout ce qu’ils voulaient qu’on fasse

On avait des tournées programmées jusqu’en mai, dans toute l’Europe. Comme d’habitude. Avec des artistes formidables. Avec une superbe chanteuse, Rie Fu. Il y a une vidéo en bas de ce texte, si tu veux écouter. Avec du rock, de la pop, des trucs un peu marrants. On aurait beaucoup ri. Comme chaque année. On a espéré pouvoir garder les dates de mai, ou les replacer en juin. En Pologne éventuellement. On a vu nos festivals « amis » se démener pour sauver leurs événements. Sans succès. On a aussi essayé de booker des concerts acoustiques en août et septembre… Concerts assis, avec masques, sans alcool, sauf pour les mains. On aurait tout fait. Tout ce qu’ils voulaient qu’on fasse. Mais passer des frontières avec des instruments de musique, c’était pas essentiel non plus. Alors on a – plusieurs fois – posté un message pour dire qu’on était désolés.

Résignation

Puis on a laissé tomber. On a compris. Ne pas (se) donner de faux espoirs. Depuis on attend notre heure, mais pas trop, et on fait autre chose. Des petits communiqués de presse, quelques sorties d’albums « en digital », un peu de concerts virtuels, des sites internet pour des gens… Le silence s’est abattu sur nous, sur notre pauvre scène sans prétention, sur les petites salles de concert et sur les bars qui nous accueillent chaque année. « Nos artistes » restent au Japon, et on reçoit de moins en moins de messages qui demandent « c’est quand qu’on peut revenir? ». Parce qu’on a dit trop souvent qu’on ne savait pas. La résignation, c’est assourdissant. Parfois on poste un petit mot sur les réseaux sociaux, pour rappeler à quel point… on est désolés.

Alors on respecte les règles, autant que faire se peut. Parce que parfois point trop n’en faut. Entretemps, on voit fermer nos salles partenaires. On perd notre public, qui se tourne très logiquement vers des loisirs encore autorisés.

Tu l’entends, l’espoir?

Pourtant l’espoir il est là. Je le sais, je l’entends. C’est dans ma tête, peut-être. La musique, évidemment, celle qui fait dresser le poil. Elle va revenir dans les rues, dans les bars, dans les salles et dans les crânes. Elle va revenir à la gueule de ceux qui préfèrent qu’on aille au zoo plutôt qu’en concert. Je sais qu’il y aura ce moment où on embrassera tout le monde dans des bars à Bruxelles, à Berlin, à Tôkyô et ailleurs. On roulera pendant 20 heures pour rejoindre nos potes à Varsovie (coeur sur toi), et on dansera, parce qu’on en aura besoin. L’effet revanche.

Alors on ne se met pas en tort, tu vois. On va respecter toutes les règles. L’horeca, la culture, les musiciens, les gens qui tiennent des petits lieux de vie, c’est ce qu’ils font depuis le premier jour. En tout ou en partie. D’autres ont lâché prise depuis longtemps, et font de la musique dans les bois. Nous on n’est pas comme ça, peut-être à tort. On est des gentils, sans doute trop. Mais le jour où ce sera possible, on sera là à nouveau. Avec des idées, des nouvelles chansons, des artistes déchaînés. Et peut-être qu’on sera ivres, sourds, heureux, cons, mais au moins, pour une fois depuis longtemps, on ne sera pas désolés.

Rie Fu / Famous

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